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Trimaran Macif VPLP Yacht design cut.jpg
August 17, 2015

Le trimaran MACIF de François Gabart : Les architectes de VPLP racontent sa conception

 

L'idée d'une grande bouffée d'expression libre au milieu de la recrudescence des classes monotypes germe depuis de nombreuses années. Suite logique de l'épopée du Vendée Globe commencée en 1989, le Collectif Ultim pose les règles d'un cadre architectural pour un programme non moins ambitieux. Le trimaran MACIF sera dès lors le premier multicoque de course au large solitaire spécifiquement conçu pour un projet Ultim. Il sera mis à l'eau ce 18 Août à Lorient.

Un peu d'histoire

Alors que l'un des tous premiers multicoques dessiné en 1985 par VPLP fut un trimaran de 24 mètres, Un Autre Regard, pour faire le tour du monde en solitaire, VPLP, 30 années et plusieurs dizaines de projets de multicoques océaniques de 15 à 40 mètres plus tard, est à nouveau retenu par François Gabart et le groupe MACIF pour concevoir un projet de multicoque Ultim pour naviguer en solitaire, en record et en course !

Deux trimarans, un programme identique, leur point commun s'arrête là !

De 23m de long par 16m de large à 30 m par 22m pour une masse identique, la puissance est augmentée de plus de 40% et la surface de voile de 175%. Cela permet d'envisager de réduire le temps du parcours de 129 jours à environ 50 jours.

Un bateau de référence

Entre temps, VPLP a conçu en 2005 le trimaran Groupama 3, dédié à ce même parcours mais en équipage. En 2010, après avoir remporté le Trophée Jules Verne, le bateau fut transformé pour être mené par un seul homme. Il gagne la Route du Rhum et double sa victoire en 2014 aux couleurs de Banque Populaire, offrant à VPLP sa septième victoire consécutive sur la légendaire course en solitaire.

Ce bateau fut notre référence pour la genèse du trimaran MACIF.

Le trimaran MACIF Ultime

Sur la conception du trimaran MACIF, les idées de François sont radicales et réfléchies, son expérience du Vendée Globe, et records sur 24 heures l'ont fait avancer d'un grand pas dans le monde de la haute vitesse en solitaire au large. Il souhaite aller encore plus vite et nos échanges vont définir les principaux ingrédients :

Le bateau doit être fiable, sans prise de risque sur le comportement de la structure, et ses équilibres doivent être sains. Sa légèreté en fera un bateau rapide même sous-toilé, facteur déterminant pour un solitaire.

En tenant compte de l'expérience de François dans le dernier Vendée Globe, nous avons conçu la zone de vie de manière totalement inédite, autour d'un seul poste de manœuvres centré, entièrement protégé, de plain-pied et en avant de la petite cabine inspirée des « tear drop » camping trailers américains posée sur le plancher de cockpit.

Le solitaire aura tout à portée de main, au sec (autant que possible) et à l'abri d'un vent apparent dépassant régulièrement les 40 nœuds.

Comment gagner plus de deux tonnes sur un bateau aux mensurations identiques à Groupama 3 solo ?

Groupama 3, dans sa première version équipage pour le Trophée Jules Verne pesait près de 19 tonnes ; le bateau fut conçu autour de ce poids cible. Lors de son adaptation en solitaire, nous n'avons évidemment pas pu faire maigrir la plateforme et son adaptation a principalement porté sur l'étude d'un nouveau mât et plan de voilure adapté au solitaire, et sur une draconienne chasse au poids superflu pour un skipper solitaire. Le bateau passe alors de 19 à 16.5 tonnes.

Là où Groupama 3 fut conçu à l'origine pour 12 personnes, MACIF est d'emblée conçu pour un équipage réduit. Grace à ce point crucial, le trimaran MACIF s'allège encore de plus de deux 2 tonnes par rapport à Groupama 3 version solitaire.

Comment en améliorer la performance ?

La recette est simple à définir : moins de freins, plus de puissance moteur (vélique). Le chemin pour y arriver est fastidieux et nécessite de nombreuses heures d'études, une équipe de spécialistes et les logiciels adaptés en perpétuel développement.

Réduire les freins à l'avancement :
En mettant en place un programme de recherche incluant les études hydrodynamiques des carènes et des appendices en simulation numérique, les études des trainées aérodynamiques de la plateforme complète, ainsi que les études des équilibres dynamiques du bateau à l'aide de nos logiciels « in house » dédiés (CFD, Race model, VPP et AVL) et avec la collaboration active d'ingénieurs spécialisés tels que HydrOcean, avec Intel, pour la partie numérique.

Augmenter le rendement du moteur :
En optimisant le plan de voilure : surface, allongement, range, crossover des voiles, et poids en collaboration avec la voilerie North Sails à Vannes.
En étant drastique sur le contrôle et la maîtrise de la masse du bateau pour obtenir la meilleure valeur de rapport poids / surface de voile (le rapport poids/puissance).
C'est grâce à l'étroite collaboration avec l'équipe du Team MACIF et le chantier CDK que le poids du bateau ne subira aucune dérive entre les choix architecturaux initiaux et le poids à la mise à l'eau.

L'effet turbo :
Diminuer les freins passe également par la réduction de la trainée des coques en les soulevant au-dessus du niveau de l'eau. Déjà observé sur les trimarans Orma et les Imoca 60 plus récemment, le gain de performance grâce aux appendices porteurs -c'est l'effet turbo- fut à l'époque de plus de 10% sur les Orma. On attend le même type d'effet sur le trimaran MACIF.

Là où l'équilibre sur mer plate avec réglage en direct de la portance des appendices est maîtrisé sur les catamarans de la Coupe de l'America, l'enjeu, pour un multicoque de la classe Ultim sera d'exploiter au maximum le mode vol en réglage fixe, sous pilote automatique, sans menacer la sécurité.

Le trimaran MACIF sera conçu pour pouvoir naviguer en mode « foiler », les appuis sous le vent se partageant entre un foil et un plan porteur sur les safrans, flotteur au-dessus de l'eau, lorsque les conditions de vent et de mer le permettront ; et en mode « dragster » plus classique lorsque les conditions de navigations nécessitent plus de marge de sécurité.

Nous n'avons eu aucune difficulté à être en phase avec François, passionné pour la vitesse sur l'eau en cata ou Moth à foil, pour pousser dans cette voie que l'on dénomme « formule hybride ».

Pendant la conception du bateau, son Diam 24 a servi de maquette navigante pour tester différents types de foils et de plan porteurs arrières, fruits des études faites au sein de VPLP, en collaboration avec Mick Kermarec, HDS et Gsea design, chacune d'elle impliquée dans ce type de développement au sein des équipes Oracle, Luna Rossa et Artemis.

Ces essais nous ont permis de comparer les comportements du bateau équipés de ces différents appendices et d'orienter notre choix vers une nouvelle génération de foils dits en « Tick », dont la particularité est d'accroître la stabilité en les relevant partiellement à haute vitesse.

La conception préliminaire a duré six mois, la construction par le chantier CDK 18 mois, et mobilisé près de 100 personnes, avec les sous-traitants.

A partir du 18 Août, le projet entre dans sa troisième phase au cours de laquelle mesures, observations, analyses, corrections, développements à envisager auront lieu jusqu'au départ de la Transat Jacques Vabre, sa première course en double, entre Le Havre et Itajai au Brésil à la fin du mois d'octobre.

Photo : Alexis Courcoux / Macif

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